Mariage temporaire en Islam : interdiction et raisons religieuses à connaître

La pratique contractuelle du mariage à durée déterminée a été tolérée au sein des premières communautés musulmanes, avant d’être prohibée par la majorité des écoles juridiques sunnites. Pourtant, cette interdiction ne fait pas l’unanimité parmi les différentes traditions islamiques, où des divergences substantielles persistent.

Certains courants minoritaires en maintiennent la validité, invoquant des sources scripturaires distinctes et des interprétations spécifiques du droit religieux. Cette dissension met en lumière les enjeux d’autorité textuelle et les débats autour de l’éthique matrimoniale dans l’islam contemporain.

Le mariage temporaire en islam : origines, définition et évolution historique

Le mariage temporaire en islam, aussi appelé nikâh al-mut’a, correspond à une union déterminée dans le temps entre un homme et une femme, dont la durée est explicitement fixée à l’avance. Cette forme d’alliance fait partie des pratiques observées durant les débuts de l’islam, à l’époque du Prophète paix salut. Les compagnons y ont eu recours dans des circonstances particulières, souvent liées à des situations d’absence prolongée ou d’instabilité.

Contrairement au mariage classique, le contrat de mariage temporaire comporte une échéance claire et le versement d’une dot (mahr) à la femme. L’objectif : offrir une légitimité temporaire à la relation conjugale. Le verset de la sourate an-Nisâ’ (4:24) est fréquemment cité pour démontrer l’existence de cette tolérance initiale. Plusieurs textes rapportent que des figures comme Ali ibn Abi Talib auraient rappelé que le Messager de Dieu avait permis cette pratique, avant qu’elle ne soit abrogée ultérieurement.

Une évolution contrastée

Les grands recueils de hadiths authentiques, tels que ceux de Bukhari et Muslim, témoignent du débat qui a traversé la communauté musulmane. Certains compagnons du Prophète considéraient le mariage temporaire comme admissible dans des situations exceptionnelles, notamment lors de campagnes militaires ou de longs voyages, alors que d’autres affirmaient son interdiction définitive, cette dernière étant attribuée tantôt à une décision du Prophète, tantôt à celle de Omar ibn al-Khattab, deuxième calife.

La question de la légitimité de ce type de mariage a longtemps été source de controverses et continue d’alimenter les débats contemporains, reflet d’une diversité réelle des pratiques et des lectures au sein du monde musulman.

Pourquoi le nikâh ul-mut’a est-il interdit dans la majorité des écoles juridiques musulmanes ?

La prohibition du mariage temporaire au sein de la plupart des écoles juridiques musulmanes s’appuie sur un ensemble d’arguments puisés dans la tradition prophétique et dans l’interprétation des textes fondateurs. Chez les hanafites, malikites, chaféites et hanbalites, le consensus a émergé très tôt, à l’époque des premiers califes, notamment sous l’impulsion de Omar ibn Khattab, qui a clairement mis fin à cette pratique.

Selon plusieurs récits, le Prophète paix salut aurait interdit le nikâh ul-mut’a lors de la conquête de la Mecque, après l’avoir toléré dans des conditions spécifiques. Cette décision, rapportée par différents hadiths de Bukhari Muslim, fait aujourd’hui autorité pour la quasi-totalité des savants sunnites. Pour eux, seul un mariage valide sans limite de durée permet d’assurer la protection de la famille et d’instaurer de véritables droits réciproques entre époux.

Voici les principales raisons invoquées par les juristes pour justifier cette interdiction :

  • La rupture automatique du lien conjugal à l’issue du terme compromet la stabilité attendue dans le mariage islam.
  • L’absence d’engagement durable entre époux va à l’encontre de l’esprit du contrat matrimonial voulu par le Messager de Dieu.
  • Les droits de la femme et de l’enfant issu de ce type d’union restent précaires, du fait même du caractère temporaire de l’accord.

La place centrale du mariage comme pilier moral et social dans les sociétés musulmanes oriente largement la réflexion des théologiens. Aujourd’hui, la quasi-totalité des pays musulmans rappellent l’interdiction du mariage temporaire et soulignent l’exigence d’un engagement conjugal stable, en adéquation avec l’éthique et la spiritualité islamique.

Conséquences religieuses et sociales de l’interdiction du mariage temporaire

En interdisant le mariage temporaire, la vision du mariage valide dans les sociétés islamiques s’oriente résolument vers la stabilité et la pérennité. Le contrat de mariage vise à instaurer une base solide, aussi bien sur le plan spirituel que social. L’islam place la préservation de la cellule familiale au centre, invitant les époux à construire une relation fondée sur la tranquillité, la tendresse et la bonté, comme le rappelle un célèbre verset.

Ce refus de l’union temporaire permet d’éviter les zones d’ombre juridiques concernant les droits et devoirs conjugaux. Cela se traduit, pour la femme, par une protection accrue en matière de dot (mahr), d’héritage et de filiation. Avec une union à durée déterminée, la transmission des droits ou la reconnaissance des enfants aurait pu devenir source d’incertitudes et d’injustices.

Sur le plan collectif, la préférence pour le mariage islamique durable joue un rôle clé : elle réduit les risques de marginalisation pour la femme, garantit un statut clair aux enfants, et favorise la cohésion du groupe. La société se construit autour de foyers stables, où l’engagement entre homme et femme dépasse le simple désir passager ou la recherche d’une relation sexuelle éphémère.

L’interdiction du mariage temporaire exprime ainsi une conception exigeante du couple et de la responsabilité collective. Ses répercussions dépassent largement la sphère privée et s’inscrivent au cœur des dynamiques sociales et religieuses.

Sage islamique âgé lisant un texte religieux dans son bureau

Débats éthiques et diversité des points de vue sur la légitimité du mariage temporaire

Le sujet du mariage temporaire, ou nikâh ul-mut’a, n’a rien perdu de son actualité. Au sein de nombreux pays musulmans, le débat reste vif, en particulier parce que les écoles sunnites ont conforté l’interdiction du mariage temporaire tandis que certains courants minoritaires, principalement chiites, défendent encore la pratique du mariage temporaire. Pour ces derniers, les versets de la sourate et des récits transmis du Prophète paix salut et de Ali ibn Abi Talib constituent un socle scripturaire solide.

Deux courants d’arguments émergent autour de cette question complexe. Les partisans du mariage temporaire estiment qu’il offre une solution dans des circonstances exceptionnelles, où la préservation des droits, qu’il s’agisse de la dot (mahr), de la filiation ou de la reconnaissance sociale, prime sur la durée. Les opposants, quant à eux, rappellent la décision du Messager de Dieu et la volonté d’Omar ibn Khattab d’assurer la stabilité du mariage islam et la protection des droits et devoirs conjugaux.

Différents points sont avancés par les juristes et penseurs contemporains :

  • Certains spécialistes actuels s’interrogent sur la rigidité des interprétations classiques, mettant en avant la diversité des sociétés et la montée du modernisme islamique.
  • D’autres estiment que le contrat de mariage doit pouvoir s’adapter aux évolutions sociales, tout en restant fidèle à l’esprit des textes fondateurs.

La discussion s’étend bien au-delà des milieux savants. La société civile s’en empare à son tour, posant la question de la responsabilité, du consentement et de la justice entre homme et femme. Ce débat traverse les générations, les cultures et les frontières, reflétant une pluralité de positions. Une chose est sûre : la question du mariage temporaire, loin d’être close, continue d’évoluer, nourrie par les aspirations et les tensions du monde musulman. Dans le tumulte des avis et des traditions, chacun scrute la ligne de crête entre fidélité aux sources et prise en compte des défis d’aujourd’hui.

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