Comment avoir une bonne hygiène corporelle et vestimentaire ?

15
Partager :

Bien qu’elle ait été traitée à la légère depuis longtemps, la question de l’hygiène corporelle a laissé, pendant la crise du Coronavirus, le monde «  intime  » pour devenir une question de santé publique au cœur du discours des autorités publiques et sanitaires.

Dans un pays parfois perçu comme surexposé par les habitudes de sa population en termes de salutation (« baisers », poignées de main…), d’hygiène corporelle ou de manque de respect pour les instructions collectives, des messages appelant à l’application de « gestes de barrière » et d’autres règles d’éloignement social sont martelés depuis des semaines, conduisant à des progrès en matière d’hygiène des mains et de respect des « gestes de barrière ». Cependant, l’introduction du confinement n’a pas entraîné une amélioration générale de l’hygiène des Français. Au contraire, une étude de l’Ifop menée pendant 24 matins révèle que le déclin social lié à l’endiguement s’est accompagné d’une tendance dans de nombreux Français à détériorer l’hygiène du corps et des vêtements, accompagnée d’une baisse notable de leur estime de soi physique et esthétique.

A lire également : Quel Activité faire quand il pleut ?

Hygiène du corps et des vêtements moins soutenue que la normale

La comparaison des études réalisées avant (3 février) et après (4 avril) la mise en œuvre du confinement a révélé une nette relaxation des Français dans le lavage quotidien de leur corps et du visage  : à peine 67% des Français pratiquent quotidiennement des toilettes complètes pendant l’accouchement, contre 76% avant le déclenchement de la crise. Et c’est dans le sexe masculin que cette tendance à la baisse est la plus forte : la proportion d’hommes lavant quotidiennement le corps et le visage ayant chuté de 10 points (61%) par rapport au niveau mesuré début février (71%).

A lire aussi : Comment lâcher prise avec les enfants ?

Une telle évolution peut être liée au fait que le confinement a réduit les interactions sociales et les contacts physiques. En cela, il assouplit la contrainte que le regard des autres place habituellement sur l’image de soi au point de soulager la crainte d’être stigmatisée par ses pairs en cas de négligence dans son apparence. En outre, c’est chez les hommes confinés que la fréquence des lavages quotidiens est la plus faible (49%, contre 70% des hommes vivant à quatre ans ou plus dans leur maison), signe que l’ hygiène dépend fortement du degré de sociabilité d’un individu et de sa prise en compte des yeux des autres dans la gestion de son apparence corporelle.

Pour le reste, ce manque de toilettes quotidiennes constitue, comme dans les enquêtes précédentes, un phénomène plutôt masculin, touchant surtout les personnes âgées dont les pratiques d’hygiène ont été inculquées à un moment où le confort sanitaire de base (eau courante, salle de bain, douche…) n’était pas aussi répandu : moins de la moitié (49 %) des hommes âgés de 65 ans et plus se lavent complètement tous les jours, contre plus des deux tiers des jeunes de moins de 25 ans ans (67 %).

Jouant également un rôle important dans la prévention des infections et le bien-être corporel, l’hygiène des vêtements diminue également avec le confinement. Par exemple, à peine 68 % des hommes confinés déclarent changer leurs sous-vêtements tous les jours, comparativement à 73 % avant la mise en place du confinement. Ici aussi, les « mauvais élèves » sont surreprésentés dans les rangs des aînés — qui continuent d’avoir des pratiques d’hygiène proches de celles qu’ils ont vécues dans leur enfance — et seuls les hommes confinés : 41% des hommes vivant seuls admettant ne pas changer de slip ou de slip chaque jour, contre 15% des femmes dans la même situation .

« Pas de soutien-gorge », « chattes libres » « pas de glissement »… Un contexte propice à l’émergence de nouvelles habitudes vestimentaires

Symptomatiqued’un certain vêtement « laisser-aller » des Français dans un confiné , l’absence de porter des sous-vêtements semble être la grande tendance de cette période de confinement.

Chez les femmes, l’enfermement est en effet allé de pair avec une explosion du nombre d’adeptes « sans soutien-gorge »  : la proportion de femmes jamais ou presque jamais portant Bra ayant augmenté de 3% avant l’accouchement (3 février) à 8% trois semaines après sa mise en œuvre (4 avril).

Combinant souvent des motivations esthétiques, sanitaires et féministes, le mouvement « sans soutien-gorge » trouve ainsi dans les conditions de vie imposées par le confinement un terreau propice à une pratique qui, bien qu’elle soit assez simple à réaliser à la maison, a toujours été plus compliquée à assumer à l’extérieur comme poitrine féminine reste sexualisée. En détail, c’est dans les rangs des femmes qui ne souffrent pas des yeux des autres que cette pratique est la plus élevée : 12% des femmes vivant seules non les porter plus longtemps, comparativement à 5 % des femmes confinées dans des couples avec deux enfants. Mais c’est aussi l’âge qui semble jouer dans ce domaine : 20% des jeunes femmes confinées de moins de 25 ans ne portent pas de soutien-gorge, contre 8% des personnes âgées de 65 ans et plus.

Chez les hommes, cette tendance à la « libération » totale de sous-vêtements est plus limitée. Cependant, le confinement a également entraîné une augmentation significative du nombre d’hommes qui ne portent plus de slips ou de shorts  : 5 % en avril, proportion cinq fois plus élevée que celle observée par l’Ifop avant l’introduction du confinement (1 % en février). Et en détail, cette pratique atteint des niveaux significatifs dans les rangs des hommes célibataires (9%), résidant en Provence-Alpes-Côte d’Azur (11%) ou en cours d’étude (13%).

Chez les femmes, le mouvement des « chattes libres » (sans culotte) progresse également mais reste très marginale (2%) en dehors des rangs des femmes de moins de 25 ans (7%), probablement moins exposés que les autres aux risques que cette pratique peut présenter pour leur hygiène intime (ex : fuites urinaires…).

Forte dépréciation de soi sur le plan physique

Enfin, il est intéressant de noter que cette détérioration relative de l’hygiène corporelle et de l’habillement va de pair avec une forte baisse de l’estime de soi physique et esthétique des femmes  : seuls 12% des Français confinés sont actuellement « beaux », soit presque deux fois plus que ce qu’on a pu observer avant de configurer le confinement (22%).

Si ce manque d’estime que les Français se réfèrent à leur apparence physique est plus répandue chez les femmes qui ne se lavent pas tous les jours, il n’est cependant pas dû à une diminution de la fréquence de lavage du corps ou des vêtements. Cette dépréciation peut également être liée à un gain de poids potentiel — résultant de repas/d’apéritifs plus copieux ou fréquents que chez les habitués — et en particulier le fait que les Français n’aient plus accès aux services de soins (p. ex. coiffure, manucure, pédicure, etc.), aidant généralement à maintenir leur confiance en soi dans l’esthétique.

Le point de vue de François Kraus de l’IFOP sur les résultats de l’étude

Aussi forts qu’ils soient, les changements observés dans l’hygiène des mains (voir enquête Ifop/Dépannéoréalisée du 21 au 23 mars 2020) ne devraient pas donner l’impression que la crise a conduit tous les comportements d’hygiène dans la même direction.

France confinée a en effet été le théâtre de tendances divergentes en matière d’hygiène  : si la crainte d’être infectée par le virus a augmenté les taux de conformité pour le lavage des mains à des niveaux inégalés, le déclin social lié à l’endiguement a conduit à un assouplissement de certaines habitudes personnelles et habillées hygiène, en particulier ceux qui sont isolés qui n’ont plus besoin de donner une bonne impression sur les autres. La

Peu importe les progrès reste après la crise, les autorités sanitaires devront intégrer l’idée qu’une bonne hygiène personnelle est principalement liée à la prise en compte des yeux des autres sur leur apparence corporelle  : son moteur essentiel reste la crainte que tout le monde soit victime de « stigmatisation »  » (Goffman) qui touche toute personne qui se libère des normes de propreté.

Source : « Etude Ifop pour 24matins.fr réalisée par questionnaire en ligne auto-administré du 3 au 4 avril 2020 avec un échantillon de 1 016 personnes représentatives de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. »

Partager :